Face à l’accélération des désastres écologiques et la montée rapide au pouvoir de mouvements d’extrême droite en Belgique, en Europe et globalement, face à leurs discours réducteurs et résolument déterminés à étouffer les voix contradictoires, comment donner du sens à nos luttes, créer des liens et des alternatives qui nous permettent de contribuer à construire des sociétés qui placent la justice écologique et sociale au coeur de leurs préoccupations ? Aujourd’hui, de manière encore plus ouvertement décomplexée qu’hier, les conséquences de politiques de plus en plus autoritaires, aveugles aux défis sociaux et environnementaux sont dramatiques pour l’immense majorité des êtres vivant sur cette planète.
Au sein de nos mouvements, tout comme dans notre environnement global, les formes d’engagement, les stratégies et les alliances doivent être réinventées sans cesse afin de mener des actions qui puissent faire émerger des sociétés et des cultures écologiquement soutenables, non-capitalistes, non- patriarcales et non-racistes.
Nous devons apprendre à naviguer en eaux troubles, et pour ce faire, face au sentiment d’urgence, aux logiques punitives ou excluantes, aux violences subies et à l’épuisement qui guette bon nombre d’entre nous, il nous faut également prendre soin de nos équilibres psychiques et collectifs, pour construire ensemble et pérenniser nos projets et nos luttes.
Dans un tel contexte, la mission que Mycélium incarne depuis plusieurs années est d’autant plus pertinente et en 2025, elle s’articule autour de plusieurs orientations stratégiques comme suit :
Prendre soin des liens dans et autour d’un écosystème diversifié pour renforcer notre capacité d’agir au service de visions partagées. Construire des ponts et des alliances et renforcer notre pouvoir d’action
Notre réseau est composé de nombres de personnes et de collectifs qui disposent de nombreuses qualités et expertises. Dans le climat actuel, le temps nécessaire à construire ces ponts et prendre le temps de partager les connaissances, de s’investir dans les projets et luttes des autres, de rester à l’écoute malgré nos différences est de plus en plus difficile.
Une des missions de Mycélium est de prendre soin des dynamiques de réseaux et de collaboration au sein et entre les collectifs et les divers mouvements de notre écosystème. Il s’agit de mettre en lumière les freins et les barrières aux potentielles rencontres et alliances, particulièrement là où la collaboration est sous-investie en raison de stratégies et d’identités différentes, ainsi qu’en raison de dynamiques de domination internes aux mouvements sociaux/écologistes.
Cette intention passe autant par l’apprentissage des dynamiques de domination systémique, que par le soin à apporter aux relations inter-personnelles, et inter-associatives et aussi avec le monde vivant dans son ensemble.
Concrètement en 2025 : création d’espaces de rencontre et de dialogues au sein de notre écosystème qui croisent les regards sur les luttes à mener, ensemble et séparément.
- AGORA : Juin et décembre – Assemblées qui rassemble l’ensemble de l’écosystème autour des thèmes proposées par Mycélium et d’ateliers proposés par des collectifs actifs dans cet écosystème
- Ateliers, formations et espaces d’intervision : Faciliter des moments d’échange et de dialogue au sein de l’écosystème à partir de besoins exprimés par des composantes de celui-ci : remettre les effondrements écologiques et sociaux en cours au coeur de nos préoccupations, apprendre à faire conflit, passer du développement personnel et interpersonnel à l’action politique, dépasser le burn out et retrouver le feu, créer des espaces d’échanges entre pair.e.s, construire un annuaire de personnes et de collectifs ressources, etc.
Poser de nouvelles questions à partir de notre contexte actuel pour faire émerger des perspectives et des manières d’envisager le monde qui fassent sens… et les faire advenir
En 2025, nous explorerons un certain nombre de sujets et nous donnerons de la place à la rédaction et la diffusion de publications qui relatent ces recherches et échanges pour donner plus de visibilité à des analyses, des points de vue et des propositions trop peu écoutés.
Parmi ces sujets :
- Face à la montée des extrémismes et des fondamentalismes de tout poil, politiques, comment promouvoir une compréhension approfondie de comment ils prennent racine et se déploient pour s’attaquer à leurs causes profondes ? Aujourd’hui nous sommes toustes victimes de violences extrémistes et fondamentalistes et les principes de préservation de la vie sur terre sont en passe d’être anéantis avec les conséquences pour la survie de la vie…ni plus, ni moins.
- Ecologie et antifascisme – comment défendre le vivant face à la montée des extrêmes- droites et leur pouvoir de destruction ? Dans un contexte de massification de fake news, d’un climatoscepticisme revendiqué et d’une fuite en avant technoptimiste, quelles stratégies pour les luttes écologistes qui sont, elles, mise au ban et de plus en plus souvent violemment réprimées ?
- Autour des mondes que nous voulons voir advenir : tracer des chemins de réinvention hors des modes de relations et de fonctionnement fondés uniquement sur la dualité et la pensée binaire. Face aux foisonnement d’analyses de ce qui ne fonctionne pas, nous avons toujours trop peu de perspectives désirables à présenter. À ce titre, il nous semble nécessaire de continuer à illustrer et diffuser l’importance fondamentales des alliances et articulations des champs de luttes qui intègrent des perspectives féministes, décoloniales, queer, populaires, antispécistes pour contribuer à réinventer les narratifs et imaginaires écologistes en dehors de systèmes économiques, politiques, culturels devenus toxiques pour la toute grande majorité d’entre nous, les humains comme le monde vivant.
- Quelles formes d’activisme pour soutenir leur émergence, pour quelles viabilités et transformations ? Nous sommes des sécrétions du monde que nous voulons changer, c’est pour cela que c’est difficile de nous décentrer et faire autre chose que faire partie du problème. Comment décentrer l’humain et son rôle dans le monde (postactivisme), sans perdre de vue la nécessité de nous engager au sein de dynamiques collectives de lutte ?
- Quel.s internationalisme.s réinventer face à la re-émergence d’une internationale fasciste, quid d’un mouvement révolutionnaire internationaliste de gauche ? Quelles formes ? Quelles postures ?
- Quelles écologies sensibles pour réinventer nos liens au vivant, cultiver l’émerveillement sans fermer les yeux devant les violences systémiques ?
- Questionner nos rapports à l’usage du numérique dans nos vies : les impacts de l’IA sur nos vies ? À l’heure actuelle et dans un futur peut-être proche ? Et comment renforcer notre sécurité numérique et protéger les collectifs et individus ?
Pour pouvoir faire face aux forces qui se déchaînent contre tous les acquis sociaux fruits de nos luttes passées, nous croyons en l’importance de partager les traces d’échanges très riches qui existent au sein de notre réseau et au-delà, dans toute leur diversité, mais avec une profonde cohérence éthique.
Soutenir le renforcement des initiatives émergentes et radicales de l’écosystème de Mycélium
Depuis plus de cinq ans maintenant, la fondation participative Mycélium a été créée pour soutenir les initiatives de son écosystème qui sont peu ou pas financées par les circuits de financement traditionnels car considérées comme anti-système, anti-capitalistes, et pour soutenir des personnes, des projets, des rapports au vivant qui sont exclus, écrasés car ne rentrant pas dans les normes dominantes et excluantes de la normativité capitaliste – patriarcale – raciste -classiste – validiste – spéciste – binaire et hétérénormée – et toute autre forme d’oppression.
Notre mission principale est de collecter des ressources financières pour financer des projets « postcapitalistes », qui réinventent nos rapports aux autres, au monde sensible, à l’argent, au travail, à la consommation, etc. : Les sources de financement proviennent d’allié.e.s proches de l’écosystème qui s’engagent à partager leurs ressources pour soutenir les collectifs qui sont sélectionnés.
Concrètement :
- Soutien financier via l’octroi de bourses & dons Racines & Pollens (160.000 Euros/an) et à moindre échelle d’autres fonds spécifiques (actions urgentes, actions directes, etc.)
- Ateliers et formations qui questionnent nos rapports à l’argent, au sein de nos collectifs et vis à vis des institutions qui structurent et régissent ces rapports
- Séminaires autour de la philanthropie radicale/post-capitaliste
- Participation à un réseau plus large de fondations radicales s’organisant pour défendre la nécessité d’une redistribution des richesses vers des initiatives de terrain (depuis fin 2023 et 2024).
Ancrer un nouveau cycle de vie de Mycélium
En interne :
- Clarifier la gouvernance et quelques cadres éthiques de fonctionnement en interne
- Renouveler les réflexions sur l’écosystème et le public-cible de Mycélium et sur les partenariats vivants ou désirés (possiblement avec le nouvel OA)
En externe :
- Partage/diffuser les changements internes vers l’écosystème (mécènes, boursiers, etc.)
