L’expérience d’une mutuelle autogérée

Par Texas Vandervliet, de l’équipe Racine de Mycélium.

Cet article fait suite à un atelier qui s’est déroulé le 06 juin 2026, lors de l’Agora de Mycélium, basé sur le témoignage de personnes participant à une mutuelle autogérée.

Contexte

Groupe affinitaire d’une quinzaine de personnes, la plupart ayant vécu ensemble pendant quelques temps au sein duquel il existait déjà des dynamiques de soutien informelles.

Ayant déjà une expérience de mutuelle autogérée, un membre du groupe a proposé aux autres de lancer une dynamique similaire. Après avoir rencontré d’autres collectifs lors d’une rencontre intermutuelle à Paris, deux membres du groupe ont ramené de la documentation et une proposition de déroulé pour travailler cette question en profondeur le temps d’un week-end. Un travail en profondeur a été mené, notamment à travers un questionnaire similaire pour explorer sa classe sociale.

Les ambitions pour la mutuelle autogérée sont :

  • Sortir du tabou autour de l’argent et apprendre à mieux se situer sur les questions de classe sociale, notamment en partageant autour de questionnaire comme celui-ci.

  • Formaliser la volonté de soutien financier au sein du groupe pour sortir de liens de dépendance interpersonnels. (ex : cette personne me donne régulièrement du cash, c’est compliqué de lui dire quand elle dépasse mes limites)

  • Explorer ensemble des manières de structurer et collectiviser la solidarité.

En pratique

Une fois par mois, le collectif se retrouve (un binôme étant chargé de rappeler à tout le monde, par tous les canaux de com’ nécessaires, l’heure et le lieu du rdv). A ce moment-là, tout le monde doit être au clair sur ces flux financiers du mois précédent pour calculer :

  • le pactole : le total de toutes les entrées du mois comprenant le salaire, cpas, le billet trouvé par terre, celui donné par mamy à Noël ou encore l’héritage reçu

  • les charges : loyer, factures d’énergies, les dons incompressibles qu’on verse déjà à des personnes/collectifs, éventuellement une consultation médicale

  • le revenu : étant le pactole moins les charges

En fonction du revenu, un pourcentage (de 5 % au-délà de 800€ qui augmente de 1 % par tranche de 200€ jusque maximum 15 %) en cash est amené pour les pots communs répartis comme ceci :

  • 2/3 pour le pot commun qui est redistribué directement, à la personne qui a le moins de revenus jusqu’à ce qu’elle atteigne le pallier de la seconde, puis le reste est utilisé pour amenée ces deux personnes jusqu’à la suivante, et ainsi de suite jusqu’à épuisement de l’enveloppe.

  • 1/3 pour la sauce, qui peut former un matelas entre chaque réunion. Cette caisse permet à n’importe qui d’être « saucé•e » en recevant du cash pour un besoin qui ne nécessite pas de justification.

Cela permet notamment aux personnes qui sont dans une position de donnereuse de bénéficier d’un petit coup de pouce de temps en temps et peut-être d’atténuer les frustrations de ne pas bénéficier (autrement qu’en soutenant ses camarades) d’un soutien de la mutuelle.

Apports, limites et horizons

La mutuelle donne des outils pour mieux parler de l’argent dans différentes sphères de sa vie : famille, amitiés, relations professionnelles, colocations, etc.

Cela participe à amener des dynamiques plus équitables tels que loyers différenciés, mieux parler de rémunérations dans certains cadres, etc.

Il n’y a pas encore de manière d’intégrer le capital/héritage dans le calcul de la contribution. Ce qui nécessite encore un travail en interne pour explorer ces questions-là et dépasser des éventuelles craintes de « trop donner » de la part des personnes les plus économiquement privilégier.

Malgré le travail de pédagogie et de transmission, les outils (notamment les règles de calculs) ne sont pas encore appropriés par tout le monde, la charge mentale de la coordination et du fonctionnement de la mutuelle n’est pas toujours équilibrée en reposant sur les mêmes personnes.

Il y a l’envie de rencontrer d’autres initiatives similaires pour relancer une énergie collective de réformes du système pour aller plus loin dans la prise en compte du capital/héritage. Envie aussi de s’inspirer de manière de comment acheter à travers un mécanisme de propriété d’usage style Clip en France ou Mietshauser Syndikat en Allemagne (ou comme le cercle du Laveu et la cafétaria collective Kali à Liège, comme la CLAP et Usus Liège travaillent sur la diffusion du modèle à échelle nationale.)

La mutuelle autogérée demande beaucoup de temps et d’engagement et de confiance au sein du groupe, ici l’initiative vient d’un groupe affinitaire, à voir comment elle peut grandir/s’ouvrir à des personnes moins proches. On ne peut pas faire l’économie de parler en profondeur de notre rapport à l’argent, de notre situation sociale et de comment on est traversé•e par ces enjeux. Il y a donc un cadre de confiance et de non-jugement à poser pour garantir les conditions propices à l’engagement au sein du processus.