Les enjeux qui traversent nos collectifs en lutte

Par Géraldine Dohet, de l’équipe Racine de Mycélium.

Cet article fait suite à  l’atelier « Faire Réseau – cartographie individuelle et collective », qui s’est déroulé le 06 juin 2026, lors de l’Agora de Mycélium.

L’atelier a pris place autour des deux éléments suivants : 

  • Une fresque de ce qu’est et fait Mycélium, depuis ses origines

  • Un schéma présentant les Horizons de Mycélium pour les temps à venir

La synthèse ci-dessous se base sur les échanges que nous avons eus, autour de la question suivante : Quelles sont les questions / les enjeux qui nous traversent à partir de nos luttes ? L’intention était de nourrir le « Sensorium » de Mycélium, avec la volonté d’éclairer nos angles morts, de faire remonter ce qui se joue là où nous ne sommes pas, de renforcer, explorer, ouvrir…
Ces éléments continueront à nourrir les Horizons de Mycélium, et permettront d’identifier où Mycélium est invité à mettre son énergie pour soutenir au mieux les collectifs de son écosystème. 

Ce qui est vivant dans le Mycélium…

1. Soin, régénération – le « moi » militant

  • Épuisement : Comment ne pas s’épuiser ? Comment ralentir face aux urgences ? Quel est l’impact de nos luttes sur notre santé ?

  • Limites personnelles : Savoir dire non aux sollicitations. Gérer la fragilité, les doutes et les traumas. Utiliser ses vulnérabilités comme ingrédient / appui dans les luttes.

  • Alignement : Trouver sa posture juste et être à la bonne place. Sortir de la culpabilité.

  • Prendre soin collectivement : Comment développer des espaces de soin dans des structures qui sont de plus en plus sous pression ? quels sont les leviers qui articulent soin individuel et collectif ?

  • Joie militante : Garder espoir, cultiver la joie, célébrer, ritualiser les deuils en cas d’échec, célébrer les transformations.

  • S’inspirer du vivant pour se régénérer.

2. Dynamiques collectives et vie du groupe – le « nous » militant

  • Gouvernance et pouvoir : Gérer l’horizontalité face aux écarts d’investissement. Comment lutter ensemble et prendre soin des dynamiques de genre, de pouvoir, l’accueil des émotions ?

  • Renouveler nos collectifs : Intégrer de nouvelles personnes ? comment préparer la relève ?

  • Inclusion et ouverture : comment sortir de l’entre-soi et des codes fermés ?

  • Diversité et privilèges : Sortir de l’héritage de la blanchité dans les milieux militants. Adapter les mobilisations pour une diversité de profils (ex : neurodivergences).

  • Gestion des désaccords : Accueillir la nuance sans violence dogmatique ( « pureté militante »).

  • Évolution du collectif : Accepter l’éphémère d’un projet. (Comment s’arrêter si le projet risque de s’arrêter avec nous ?)

3. Modes d’action, stratégies et éthique – le « comment » agir

  • Faire front : comment gérer les différences de visions / stratégies au sein de nos collectifs en lutte ? Créer des plateformes de partage et favoriser les espaces de convergence. Faire alliance plutôt que compétition.

  • Auto-organisation : trouver un équilibre entre nos actions / formats organiques et une pensée structurée

  • Qu’est-ce qu’on fait ? avons-nous une vision claire de ce qu’on fait et de quels sont nos besoins ? Quels mots avons-nous pour dire ce qu’on fait ? (activisme, militantisme, organizing,…)

  • Autour de la violence : Définir la violence. Quel niveau de violence/non-violence accepter ? D’où vient-elle ? Où se situe-t-elle ? Tension entre être radical (unapologetic) et prendre des risques. La fin justifie-t-elle les moyens?

  • Désobéissance civile : Quelle place lui donner ? Faire de la pédagogie sur nos modes d’action.

4. Économie de la lutte et institutionnalisation

  • Financement : Comment financer nos luttes ? Penser l’autonomie financière. Travailler notre rapport à l’argent.

  • Contraintes des subsides : comment contourner la logique de subsides qui emprisonne la parole libre.

  • Précarité des statuts : Instabilité des emplois. Précarisation générale. Penser les statuts des travailleureuses qui sont sous contrainte. Equilibre entre bénévolat des militants et rétribution financière.

  • Institutionnalisation : Équilibre entre bénévolat et financement. « Institutionnaliser » l’associatif tout en continuant d’agir en tant qu’allié.e pour des luttes organisées non-formellement…

5. Traduire l’urgence

  • Traduction de l’urgence : Communiquer l’importance du travail qu’on fait aux financeurs potentiels et aux personnes moins concernées.

  • Sensibilisation : sensibiliser le grand public, rendre visible sur le territoire

  • Soutien aux publics : S’outiller pour et avec les publics les plus vulnérables.

6. Transmission – les traces

  • Transmission des savoirs : Partager les ressources et formations sans créer de hiérarchies d’expertise (rapport aux savoirs acquis/spécialisés/expertise)

  • Laisser une trace : Enjeu de transmission des projets entre générations pour encourager la relève. Transmission de projets / au sein d’un projet / entre personnes…