Dans le cadre d’un appel à contribution pour la création des récits de l’entre-deux, Julien Didier et Delphine Masset ont rédigé un texte comprenant le vécu et le ressenti de deux héroïnes : Juliette et Miléna, qui sont deux soeurs belges, écrivant chacune leur journal intime. Dans ces deux récits initiaux, vous verrez se déployer deux mondes proches mais différents en termes de sensibilités et de situations. Alors que la trame politique est principalement décrite par Miléna, sa sœur Juliette vit davantage ces événements à travers leurs répercussions dans son réseau proche.
L’intention de cette co-création des récits de l’entre-deux est de stimuler notre capacité à produire des récits fictionnels mais inspirés de nos expériences et points de vue, des récits situés et multiples plutôt qu’universels et homogènes. Ceci nous semble important pour sortir d’une impasse créée par des récits très uniformes tels ceux qui sont souvent ceux mobilisés pour parler d’anthropocène, d’urgence climatique, d’effondrement… En partant d’une représentation de la réalité comme étant globale et uniforme, ces récits ont le double désavantage de raconter l’histoire depuis un point de vue principalement central, dominant, et de raconter une « histoire sans peuple » où les capacités d’action et de mobilisation « par le bas » semblent inexistantes.
Le souhait de Mycélium, dans le cadre de ce projet, est donc de développer une perception plurielle des dégradations écosystémiques et sociales que nous vivons déjà et aurons très probablement à vivre. Ces différents points de vue seront l’occasion, pour nous, de générer une vision politique diversifiée et sensible des temps à venir. Par sensible, nous entendons la capacité à percevoir ce qui nous arrive de multiples manières et à y trouver du sens, par de divers canaux.
Un des canaux que nous voulons explorer est celui de la fiction, des récits que nous nous racontons sur ce qui pourrait nous arriver et la manière dont ces récits nous mettent en mouvement. Nous cherchons à prolonger le travail de nombreuses personnes et collectifs qui ont déjà mis en lumière l’importance politique des imaginaires et des récits que nous fabriquons, telles Ursula Le Guin, Cornelius Castoriadis, Donna Haraway, Isabelle Stengers, Starhawk, le collectif Les Ateliers de l’Antémonde, etc.
