Formation – Ecologie depuis les marges

Formation – Ecologie depuis les marges

Dépasser les visions dominantes de l’écologie ?

Les 12, 13 et 19 septembre à Bruxelles

Aujourd’hui, les enjeux écologiques sont présents dans tous les esprits, sous des formes et des représentations diversifiées : chaos, fin du monde, changements climatiques, destruction de la biodiversité, épuisement des ressources, effondrement, décroissance…

L’écologie apparaît presque comme un nouveau consensus social, sur lequel tout le monde s’accorderait, de la Commission européenne au potager de quartier en passant par les Marches Climat.

  • Mais sur quoi se basent les différents discours ou pratiques « écologistes » les plus mis en avant aujourd’hui ?
  • Quelles visions de l’écologie dominent aujourd’hui ou sont au contraire invisibilisées ? Par qui et pour qui sont-elles produites ?

Nous vous proposons d’explorer ces questions au sein d’une formation de 3 jours, où nous chercherons à développer une vision critique des discours et pratiques des milieux associatifs et militants sur l’écologie.

Cette formation se fera à partir d’une pédagogie participative mêlant contenu théorique apporté par l’équipe de formation, travaux et réflexions en sous-groupes depuis l’expérience des participant·e·s et dialogues avec des invité·e·s impliqué·e·s concrètement dans des luttes écologistes et sociales.

À partir d’une grille de lectures des rapports de pouvoir et de domination systémiques, nous étudierons ensemble l’apport de visions minorisées de l’écologie. Des visions produites, entre autres, depuis des groupes marginalisés qui articulent les enjeux environnementaux avec les inégalités sociales et les discriminations qu’iels subissent.

  • Comment les féminismes ou les mouvements queers, les luttes antiracistes et décoloniales, les luttes populaires et sociales peuvent renouveler fortement notre vision de l’écologie et éclairer ses angles morts ?
  • Comment sortir d’une lecture dominante et dépolitisante des enjeux écologiques ?
Cette proposition de formation est le fruit d’un processus (réflexif et d’actions) de longue date, mené conjointement par les associations initiatrices de cette dernière. Rencontre des Continents, Mycélium et PAC ont réuni leurs ressources pour proposer un module de formation de trois journées pour penser ensemble ce nœud des luttes contemporaines.
OBJECTIFS PEDAGOGIQUES

  • Éveiller la curiosité des participant·e·s sur d’autres approches /concepts/luttes liés à l’écologisme, s’intéresser aux écologies minorisées (comme l’écologie populaire, l’écologie décoloniale ou l’écoféminisme).
  • Comprendre et acter qu’on n’a pas tout compris, se confronter à des angles morts, impensés, importants dans nos différentes actions et postures.
  • Permettre de se décentrer.
  • Complexifier son approche et ses réflexions sur les discours et imaginaires écologistes…
  • Creuser, de la manière la plus concrète possible, la double fracture qui clive luttes sociales et environnementales.
  • Questionner cette opposition et les possibilités, ou impossibilités, de la dépasser.
  • Faire bouger nos lignes sur des questions conflictuelles. Ouvrir des portes restées fermées.
  • Découvrir, apprendre, s’approprier, échanger des concepts, des enjeux, des mouvements.

QUELQUES ELEMENTS DU PROGRAMME

  • Introduction aux systèmes de dominations systémiques (sexisme, racisme, classisme,..) et leur croisement avec les luttes écologistes
  • Rencontre avec Fatima Ouassakmilitante écoféministe et antiraciste française, fondatrice du “Front de Mères” et de la maison de l’écologie populaire “Vedragon” à Bagnolet (France)
  • Rencontre avec Renda Belmallem, militante écologiste, féministe et antiraciste, chercheuse à l’EHESS et ancienne membre du collectif antinucléaire et féministe « les bombes atomiques »
  • Rencontre avec Marie Gobert, militante du collectif des gilets jaunes de Namur
  • Réflexions collectives à partir des expériences des participant·e·s : comment penser des actions et des luttes écologistes à partir des expériences d’oppression et de domination ?

INFOS PRATIQUES

TARIF (pour les trois jours)

  • Cadre professionnel / associatif subsidié : 150 €
  • Cadre militant / bénévole ou à titre personnel : 0 € à 50 €
  • Possibilité d’intervention du Fonds 4S
  • Attention : les frais d’inscription ne doivent pas représenter un frein à votre inscription. N’hésitez pas à prendre contact avec nous.
Conférence participative : Introduction aux dominations systémiques

Conférence participative : Introduction aux dominations systémiques

Inscription demandée, via ce lien : https://cloud.domainepublic.net/mycelium/apps/forms/D9pZnQqD7coNGeCC

Vous êtes militant·e·s dans un mouvement écologiste ou militant et vous vous posez des questions sur les rapports de domination ? Vous déplorez le manque de diversité dans vos espaces militants et ne comprenez pas pourquoi certains profils sont toujours absents des débats? Vous vous sentez concerné·e·s par une plus grande justice sociale et souhaitez devenir un·e meilleur·e allié·e de groupes marginalisés ?

Pour répondre à ces questions , Mycelium vous propose une conférence participative d’introduction à l’inclusivité et aux dominations systémiques!

Cette conférence est une bonne introduction au cycle d’intervision sur les dominations systémiques que nous organiserons probablement à partir de septembre. Vous êtes donc invité.e.s à y participer si vous êtes intéressé.e par le cycle d’intervision qui suit!

Durant une soirée, nous tenterons de mieux comprendre ce que sont les systèmes de domination (patriarcat, racisme, colonialité, classisme, hétérosexisme,…) grâce à une grille de lecture pertinente (subaltern studies), une notion incontournable (intersectionnalité) et des sous-concepts très utiles à la compréhension des rapports sociaux ( privilèges sociaux, groupe dominant, groupe dominé, posture alliée, …).

A travers des exemples très concrets, nous nous pencherons ensuite sur ce qui se passe dans les espaces militants, en particulier écologistes : la reproduction de rapports de domination, parfois même à l’insu des personnes concernées. Ce sera l’occasion de prendre un peu de hauteur en réfléchissant à notre position propre dans les rapports sociaux (dits structurels) et ce, dans un cadre ludique, bienveillant et de non-jugement.

Désormais mieux outillé·e·s, nous tenterons de comprendre pourquoi les espaces militants écologiques sont aussi peu investis par certains groupes dits minoritaires.

Nous échangerons, enfin, sur les bonnes pratiques d’inclusivité visant plus de justice sociale, tant au sein des espaces militants que, plus généralement, dans la société.

  • Intervenante

Hassina Semah est sociologue, psychologue clinicienne spécialisée en violences entre partenaires et violences interculturelles. Elle est diplômée en études de genre. Elle travaille actuellement dans un cabinet de l’Égalité des Genres et des chances, écrit pour les Grenades, le média féministe de la RTBF et donne des formations sur le genre et les systèmes de domination.

  • Modalités pratiques
    • Quand ? Le Jeudi 9 juin à 18h
    • Où ? Greenhouse, Rue van Orley, 5-11
    • Prix ? Participation libre avec une suggestion de 15€
Invitation à l’Agora de Mycélium

Invitation à l’Agora de Mycélium

Le jeudi 2 juin de 10h à 17h à Bruxelles

Bonjour à tou.te.s !

Nous vous invitions à la prochaine Agora de Mycelium, le jeudi 2 juin prochain, dans un lieu encore à confirmer, mais très probablement à Bruxelles.

Nous vous transmettrons bientôt plus d’informations au sujet de cette journée, mais vous pouvez d’ores et déjà vous inscrire via ce formulaire!

Pour rappel, l’Agora de Mycélium, un moment de rencontre entre toutes les personnes et organisations qui collaborent ou se sentent proches de Mycélium et de la Fondation Mycélium, incluant les projets soutenus ou qui ont fait une demande de bourse.

Pour cette Agora de retrouvailles entre nos organisations et mouvements, nous voulons :

• Mieux nous retrouver, nous connaître ou nous rencontrer. Re-nourrir nos réseaux et inclure les personnes nouvellement présentes.

• Partager des réflexions et actions qui traversent nos réseaux, autour de thèmes transversaux

• Partager l’actualité de Mycélium, de la fondation Mycélium et de vos réseaux

Et puis certainement nous laisser du temps pour apprécier de se retrouver, simplement!

Nous vous enverrons très bientôt les informations pratiques et nous réjouissons de vous retrouver.

Bénédicte, Julien, Jérémie, Delphine et Selma
le Cercle Coeur de Mycélium

Cycle d’intervision sur les dominations systémiques

Cycle d’intervision sur les dominations systémiques

bientôt une nouvelle édition?

En 2021 a démarré un cycle de 4 séances d’intervision rassemblant une douzaine de participant.e.s de diverses organisations et visant à mieux outiller les membres de diverses organisations à décortiquer les enjeux liés aux dominations systémiques (racisme, sexisme, classisme, LGBTphobies, validisme,…) et agir face à celles-ci.

Ce cycle, animé par Hassina Semah, pyschologue et sociologue, spécialisée dans les questions de racisme et de sexisme, a rencontré beaucoup d’intérêt. Il a permis de parler de la manière d’identifier les mécanismes de dominations, de la question des résistances face au changement et à la remise en question de ces rapports de dominations, des stratégies pour amener les marges au centre et enfin de la question des réparations.

Mycelium propose de rééditer bientôt ce cycle, en 4 séances d’une demi-journée : si vous êtes déjà renseigné.e.s sur les enjeux liés aux dominations systémiques, mais que vous aimeriez avoir plus de ressources concrètes pour agir dans vos organisations ou mouvements, n’hésitez pas contacter julien@mycelium.cc pour faire part de votre intérêt!

Money, Money, Money!

Money, Money, Money!

Cycle de rencontres sur les questions d’argent au sein de nos collectifs

Entre visions et approches économique, politique, spirituelle et psychologique, les questions d’argent sont éminemment complexes car elles reflètent les rapports de domination à l’œuvre dans le monde tout comme au sein de nos cercles professionnels, familiaux et militants.

Au sein de ces cercles, l’argent est source de pouvoir, de conflits, de possibilités, de sécurité et d’insécurité, de conforts ou d’inconforts,… et reste un sujet  difficile à aborder, voire tabou.

Dans certains groupes critiques vis-à-vis du système capitaliste, il est implicitement mal vu de parler d’argent, en particulier quand il s’agit d’aborder la manière dont on en obtient et dont on le gère entre nous : quels critères pour en demander ? Quels critères pour le redistribuer ? Qu’est ce qui est légitime et illégitime?  Quelles seraient des voies alternatives à explorer ?

Notre double postulat de départ est que le déni de ces questions dans nos écosystèmes mène la plupart de nos projets collectifs dans le mur, tôt ou tard.  Et que s’outiller pour amener de la clarté et de la transparence sur ce sujet c’est s’offrir un espace d’échange et d’apprentissage d’une richesse incroyable.

Au cours d’un parcours de 3 journées d’exploration collective, nous vous proposons de visiter et creuser toutes ces questions ensemble à partir de l’expérience que nous en faisons dans nos collectifs et organisations bénévoles ou professionnelles.

En particulier, nous vous proposons :

    • D´ »élargir ensemble le champ de nos perceptions sur l’argent à partir de divers points de vue  : socio-culturel, anthropologique, économique, politique, historique…
    • De mieux comprendre les multiples enjeux en présence quand nous en parlons…ou n’en parlons pas;
    • De nous outiller mutuellement pour aborder ces questions de manière  plus constructive dans nos cercles et collectifs respectifs
    • De découvrir et d’échanger sur des approches et pratiques collectives  inspirantes

Que ferons-nous concrètement ?

Jour 1, le 11 mai 2022.

L’intention ici est de poser le contexte dans lequel nous nous inscrivons et de mieux comprendre ensemble de quoi nous parlons exactement.

  • Nous proposons de rendre visite collectivement à nos représentations, projections, loyautés et injonctions en lien avec l’argent. Les visibiliser, échanger et s’interroger sur leur provenance. Nous n’oublierons pas les diverses dimensions dans lesquelles nous nous situons : individuelle, collective et systémique.
  • Lors de cette première journée, nous accueillerons un ou plusieurs  personnes ressources sur ces questions pour nous permettre de mieux comprendre les enjeux économiques, historiques, anthropologiques.

Jour 2, le 25 mai 2022.

L’intention ici est d’aller plus en profondeur dans nos échanges pour mieux comprendre les dynamiques individuelles et collectives en rapport avec l’argent qui impactent la vie de nos collectifs.

  • A partir de vos situations concrètes, nous verrons comment nous outiller collectivement pour mieux comprendre les situations de tensions qui émergent dans nos collectifs en lien avec l’argent : valeurs, frottements personnels, recherche de fonds, redistribution-répartition, loyautés …

Jour 3 le 8 juin 2022.

L’intention de cette dernière journée du parcours est de découvrir des modèles inspirant.e.s qui pourront nourrir nos pratiques individuelles et collectives pour faire évoluer notre rapport à l’argent.

  • Nous rencontrerons des organisations qui explorent et expérimentent d’autres manières de gérer  et répartir l’argent .
  • Nous mettrons en pratique des outils qui proposent de nouvelles façons de répartir l’argent dans un collectif.

Quand : les mercredis 11 et 25 mai et le 08 juin 2022

Où : à BXL (lieu à confirmer)

Inscriptions : Inscrivez-vous en suivant ce lien!

Conditions : en participation consciente. Cette question fera l’objet d’une expérience collective lors de l’atelier même.

D’ici là voici déjà de quoi vous mettre dans l’ambiance

Mycelium recherche de nouvelles énergies!

Mycelium recherche de nouvelles énergies!

Le Cercle Coeur de Mycelium est aujourd’hui constitué de 4 personnes, qui sont également toutes actives dans d’autres projets ou organisations et notre temps limité nous pousse à reporter des idées qui vaudraient pourtant la peine d’être réalisées!

Pour pouvoir élargir nos actions, nous aimerions pouvoir compter sur une présence supplémentaire d’une personne qui ajoute de l’énergie à notre moteur et mette de l’huile dans les rouages. Plus concrètement donc, nous recherchons un.e nouvelle membre qui aide à la coordination du projet ainsi qu’aux impulsions nécessaires à voir advenir certains projets spécifiques au sein de Mycélium (par exemple, le développement de la communication, l’organisation d’événements et de rencontres au sein de l’écosystème ou en dehors, la production d’analyses et d’interviews,…).

Il s’agit donc d’une fonction polyvalente et évolutive, dont les contours précis doivent être dessinés en fonction du profil de la personne et des besoins actuels non comblés au sein du cercle coeur. Nous recherchons quelqu’un qui puisse consacrer environ 2 jours par semaine au projet, a priori sous la forme de prestations SMART ou indépendantes, à négocier ensemble. Mycelium étant un projet au service d’un écosystème de mouvements et associations, il est essentiel d’avoir déjà une connaissance importante des partenaires avec qui nous travaillons et des thématiques que nous abordons. Le cadre de travail est flexible et autonome, au sein d’une équipe horizontale, impliquant à la fois des temps de travail collectif, des moments de réunion ainsi que du travail à distance. Cela demande donc aussi une capacité à structurer son propre travail, en s’aidant mutuellement.

Si tu es intéressé.e par cette offre particulière et que tu penses pouvoir répondre aux conditions, n’hésite pas à nous contacter en te présentant rapidement, ainsi que ta motivation (il n’est pas nécessaire de présenter un CV ou une lettre de motivation formelle), pour qu’on puisse en parler de vive voix! Tu peux contacter Julien Didier à julien@mycelium.cc

Au plaisir!

Invitation aux espaces « Brèche »

Invitation aux espaces « Brèche »

Des espaces de dialogue et de débat politique au sein des mouvements écologistes et sociaux

Nous vous invitons à participer aux espaces « brèche » de Mycélium à Bruxelles les 21 mars et 16 mai prochain ! Les inscriptions se font via ce lien.

Nous avons imaginé cette proposition à partir du constat que la pandémie a particulièrement restreint nos espaces de dialogues et de discussions politiques alors que précisément, ces espaces sont plus nécessaires que jamais.

A chaque fois ces espaces mettront au centre des thématiques qui, d’après nous, font débats dans nos réseaux.

Ils sont conçus en deux temps : un premier temps vise à nous permettre d’aborder ensemble une thématique précise et transversale à nos différents mouvements. Le deuxième temps est conçu comme un espace d’émergence plus informel pour échanger sur des projets, idées, événements, propositions de collaboration,.. que chacun.e aimerait partager au groupe et qui peuvent donner lieu à des discussions en groupes plus restreints lors de la rencontre ou par après.

Prochaines dates, durée et fréquence : notre intention est de proposer une après-midi de rencontre trois à quatre fois par an Les premières rencontres auront lieu les lundis 21 mars et 16 mai 2022 de 14h à 17h environ. Si l’expérience est utile, nous prévoirons d’autres rencontres en septembre et novembre prochains.

Prochaines thématiques abordées :

  • Démocratie et pandémie : Pour la rencontre du 21 mars, nous proposons une discussion sur les questions de pandémie et de démocratie, et les multiples revendications et contestations qui ont eu lieu les deux dernières années. Les débats autour de la vaccination, des mesures sanitaires gouvernementales, etc.. ont souvent mené à des polarisations très fortes et rendu le débat parfois impossible, ce qui a conduit beaucoup de mouvements à ne pas se positionner sur des questions pourtant essentielles. Nous vous proposons d’ouvrir des espaces d’échanges qui permettent d’amener de la complexité et plus de nuances, d’identifier les réels désaccords plutôt que de les caricaturer.

  • La Résilience, une ode à la subversion ou à l’adaptation?  : Pour la rencontre du 16 mai, nous proposons de revenir ensemble sur le concept de résilience, issu du champ de la psychologie et réutilisé tant par des collapsologues et effondristes que les pouvoirs publics en temps de pandémie. Derrière le flou d’un concept très populaire, mais qui soulève aussi des résistances, nous chercherons à voir les visions politiques très différentes qui se cachent parfois, y compris dans les mouvements écologistes.  Derrière ce concept, y a-t-il une invitation à s’adapter, voire s’endurcir, à réinventer, nous rendre plus sensible ou encore à mieux résister? S’agit-il de mettre en place des solutions techniques, ou sociales, pour par exemple amortir la descente énergétique?  L’horizon politique de la résilience nous dirige-t-il toujours vers des sociétés plus émancipatrices, ou peut-il servir à justifier les structures de pouvoir et de domination en place?

Ces thématiques constitueront donc la première partie des rencontres et pour la deuxième partie, vous êtes libres d’amener des propositions de discussions (plus courtes), des points d’agenda, des lectures conseillées, des propositions de collaboration,… Nous tâcherons de faciliter cela de manière dynamique en fonction de ce que chacun.e y apportera !

Pour participer à l’une ou aux deux rencontres, merci compléter ce formulaire!

Faire face aux discours complotistes

Faire face aux discours complotistes

Le jeudi 27 mai dernier, Mycelium organisait une rencontre intitulée « Faire face aux discours complotistes », dans le cadre du cycle  « Pandémie et écologie, lire le présent et construire l’avenir ».

Ce cycle est né du constat qu’il est encore très difficile, un an plus tard, d’appréhender les enjeux écologiques, sociaux et politiques qui se jouent à travers cette pandémie, les aspects qui nous empêchent de prendre la parole en tant qu’acteur.rice.s, de proposer des contre-discours et des contre-propositions face à une gestion sanitaire présentée comme l’unique voie possible.

Pour cette rencontre, nous avons invité Jérôme Van Ruychevelt, membre du web-média indépendant « Tout va Bien » afin de décoder avec lui les ressorts de ces discours complotistes, les dangers qu’ils présentent et la manière d’y faire face en tant que mouvements sociaux et écologistes.

Une synthèse écrite de cette rencontre est disponible ici!

Vous pouvez également revoir l’intervention de Jérôme Van Ruychevelt ci-dessous, à travers les différentes questions qui lui ont été posées :

Extraits vidéos de l’entretien avec Jérôme Van Ruychevelt, réalisé par Julien Didier

Julien : Jérôme, quels sont selon toi les fondements des discours complotistes et comment peut-on les reconnaître? On entend aussi parfois parler de conspirationnisme ou de confusionnisme, fais-tu une différence entre ces concepts? (la vidéo s’arrête à deux moments pour cause de mauvaise connexion, nos excuses pour ce désagrément)

Julien : De manière générale, pourquoi ce genre de discours a-t-il du succès et sur quels ressorts humains s’appuye-t-il? Plus particulièrement, pourquoi ces discours connaissent un nouveau succès depuis plusieurs années?

Julien : Quelles sont, selon toi, les conséquences politiques de tels discours et les dangers qu’ils présentent?

Julien : Tu parles d’un risque important de renforcement de l’extrême-droite par les discours complotistes. Pour autant, peut-on disqualifier d’un trait tous les discours complotistes, sans se questionner sur le contexte social dans lequel ils émergent, notamment pour les personnes qui vivent au quotidien des injustices et pourraient trouver dans le complotisme un discours qui leur parle?

https://peertube.stream/videos/watch/aebfd05b-909f-495f-9c35-0d26281aebae

Julien : d’un point de vue collectif et politique, comment peut-on agir en tant que mouvements sociaux face à ces discours, en particulier lorsqu’on veut tenir un discours critique face aux idées dominantes, sans pour autant nourrir cette tendance ?

Julien : Quelle position prend votre média « Tout va bien », en tant que média indépendant sur ces questions? Parlez-vous de complotisme ou pas?

Question d’un.e participant.e : Peux-tu préciser la différence de réponse qui est nécessaire selon toi, quand on fait face à un discours complotiste dans la sphère privée ou dans la sphère publique?

https://peertube.stream/videos/watch/6ca94fd0-e607-460d-ae5f-e08873ba551e

Question d’un.e participant.e : Les discours complotistes touchent-ils des catégories de la population en particulier? Plutôt des classes populaires ou au contraire des classes privilégiées?

Question d’un.e participant.e : On voit parfois des références écologistes ou ésotériques dans certains discours complotistes et vice-versa, peux-tu nous dire quels lien tu vois entre des mouvements écologistes, « New Age » et complotistes?

Question d’un.e participant.e : Concrètement, si on voulait imposer un cordon sanitaire contre les discours complotistes dans les médias,etc..comment cela pourrait-il se passer?

 

Articuler nos luttes politiques et notre lien au sensible

Articuler nos luttes politiques et notre lien au sensible

Cet article est téléchargeable en PDF via le lien suivant

Rencontre avec Laura, membre de Terr’Eveille et chercheuse en sociologie de l’environnement, et Aurel, membre de FEROS et étudiant en études environnementales.

Propos recueillis par Julien Didier (Mycélium)

Laura et Aurel, merci de nous accorder cette interview qui chercher à explorer les ponts que l’on peut créer dans nos mouvements entre deux tendances qu’on peut souvent voir s’opposer : je veux parler d’un côté des approches dites “militantes”, tournées surtout vers une action extérieure, et d’un autre côté des approches plus sensibles, qui mettent en avant une transformation plus intérieure ou intime, comme stratégie de changement social et écologique.

Si ces deux tendances affichent un même attachement à des valeurs d’écologie et de justice sociale, leur rencontre est loin d’être toujours évidente et peut souvent aboutir à de l’incompréhension voire à des affrontements visant à déterminer quelle serait la meilleure stratégie à suivre.

Certains mouvements, dont Mycélium fait partie, ne croient pas à une telle opposition et voient la richesse qu’il y a à les croiser, les faire dialoguer et se répondre. Néanmoins, force est de constater que pratiquer une telle rencontre est loin d’être toujours aisé et soulève de nombreuses questions : comment pouvons-nous construire des espaces où on lutte contre ce qui nous détruit, tout en prenant soin de nous ? N’est-ce pas contre-productif  de se rendre sensible face à des systèmes qui profiteront de notre vulnérabilité ? Quels mouvements ont tenté ces alliances en pratique? C’est pour tenter d’y répondre ensemble que nous vous avons invité.e.s et je vous remercie déjà pour partager vos réflexions et pratiques avec nous!

Julien : Pour commencer, peut-être pouvez-vous vous présenter en me disant comment vous essayez vous-mêmes de vous placer à un croisement entre ces différentes approches?

Laura : Personnellement je ressens un appel très fort pour les courants de l’écologie qui visent à questionner en profondeur notre rapport au vivant et, plus généralement, qui questionnent les représentations culturelles propres à nos sociétés modernes occidentales et en grande partie responsables des désastres écologiques en cours. L’écologie profonde et certains pans de l’écoféminisme se retrouvent typiquement dans cette perspective. Cela fait donc quelques années que je m’investis activement dans cette direction, principalement chez  Terr’eveille, un collectif d’écologie profonde  qui propose des ateliers de  “Travail qui relie”. J’ai par ailleurs tout un parcours comme chercheuse, sociologue de l’environnement. J’arrive donc dans ces milieux du Travail qui relie et de la transition intérieure avec un regard aiguisé par la critique sociologique, attentif au langage qu’on emploie ou à la vision du changement social qui y est mobilisée.

Sociologiquement, on peut observer que les acteurs les plus sensibles aux enjeux de justice sociale sont relativement moins sensibles à la dimension culturelle du lien au vivant, et vice-versa. Or c’est vraiment cette articulation qui me semble riche et importante. Et on tente cette articulation au sein de Terr’eveille.

Je vois Terr’eveille comme un lieu de confluence entre, d’une part, des personnes plus issues du monde activiste et qui ont besoin de mieux prendre soin d’elles-mêmes, de se ressourcer après un épuisement et qui viennent ici retrouver du sens et de la force dans leur engagement et, d’autre part, des personnes qui viennent plus d’une démarche de développement personnel et qui veulent donner un sens plus politique à ce qu’elles font parce qu’elles sont de plus en plus conscientes du monde dans lequel elles vivent.

Aujourd’hui ce qui m’anime davantage, et c’est un élan partagé au sein de Terr’eveille, c’est d’apporter ces outils du travail qui relie au sein même de collectifs militants qui ressentent le besoin de mieux intégrer la dimension de soin et auprès des acteurs qui sont en première ligne comme les travailleurs sociaux. On pourra reparler d’un cas en particulier plus tard.

Aurel : En ce qui me concerne, je me suis ouvert à cette dimension sensible par hasard, lors d’un atelier de Travail qui relie sur un camp climat en Allemagne. A l’époque, mes repères se trouvaient au croisement de l’écologie politique d’André Gorz, l’écologie sociale de Bookchin, et les mouvements de justice environnementale aux États Unis. J’arrivais donc avec une grosse méfiance envers tout ce qui s’apparente à de l’écologie profonde. En même temps, j’avais débarqué seul sur ce camp et, malgré la très grande stimulation intellectuelle et sociale, je m’y sentais assez isolé, un peu perdu, avec finalement une envie de repartir. C’est cet atelier qui m’a fait rester – qui m’a permis de m’ancrer dans mon corps, de me reconnecter à l’intention qui m’avait amené jusque là et aussi aux autres personnes présentes, ce qui m’a redonné de l’élan pour participer à l’action de blocage organisée à la fin du camp. C’est donc l’expérience directe – au-delà du discours – qui m’a fait penser qu’il y avait quelque chose à aller creuser. Il y avait là des potentialités que je ne retrouvais pas dans les milieux militants plus “classiques” que je connaissais jusqu’à présent.

Et du coup je me retrouve aujourd’hui impliqué dans deux terrains. Un premier académique: à étudier ces pratiques dans le cadre d’un master en sciences sociales pour élucider ce qui s’y joue, et questionner son potentiel politique et critique. Et un deuxième de pollinisation croisée, à entamer des conversations avec différents collectifs queer et écologistes en lutte autour du soin et des pratiques sensibles, et à proposer une vision plus systémique, plus axées sur les dominations dans des collectifs plus tournés à la base vers le sensible, comme Terr’eveille par exemple.

Ce n’est pas toujours facile, surtout quand l’empilement des urgences sociales et écologiques peuvent faire apparaître le sensible comme un luxe de privilégiés. Et pourtant je pense qu’il y a une grande demande pour ça, pour la force que ça peut apporter.

Julien : Partons donc sur le principe qu’il n’y a pas d’opposition entre dimension intérieure et extérieure de l’action politique, mais plutôt une complémentarité. Pour autant, est-ce facile de les combiner et pourquoi peut-on encore voir tant de frilosité à les mêler dans beaucoup d’endroits? 

Laura : En effet, je ne pense pas qu’il y ait à voir d’opposition, mais il faut pouvoir aussi voir qu’il y a de réelles tensions qui sont intrinsèques à ces dimensions. Cette alliance entre le sensible et le politique ne va pas de soi car ce sont des registres, des modes de rapports au monde, qui sont très différents et qui ont leurs exigences propres.

Quand on se situe dans un rapport “politique” au monde, notre action est guidée par de grandes valeurs et principes généraux, comme la justice sociale, et cela implique une exigence de verbalisation, de critique et de justification de son point de vue au regard de ces grandes valeurs. Ces exigences-là peuvent venir étouffer ou reléguer dans l’ombre un autre type de rapport au monde, qu’on nomme ici comme “sensible”, qui est de l’ordre de l’attachement, du ressenti, d’un rapport intime aux autres et au vivant. Or ce type de rapport au monde se prête mal à la verbalisation ou à la justification et il a ses propres exigences, notamment la capacité à s’émouvoir, ou plus exactement à laisser une place à l’émotion.

Dans les collectifs, je suis très attentive à l’oppression qu’un type de rapport au monde, un régime d’engagement dans mon jargon, peut faire peser sur les personnes qui font partie du collectif.  Par exemple, dans des groupes dits “militants”, l’exigence de toujours être dans le registre de la justification et de la critique peut être vécue comme oppressante ou étouffante. Il peut y avoir un besoin de lâcher cette exigence permanente d’esprit critique et d’analyse, pour entrer dans d’autres dimensions plus sensibles, qui sont d’ailleurs aussi essentielles à l’engagement, telles que le désir, l’attachement intime à des personnes, à des lieux,… A contrario, dans des milieux très tournés vers le développement personnel, où tout ce qui prime ce sont les émotions et les ressentis personnels, l’impossibilité de s’exprimer sur un autre régime, notamment celui de la critique sociale, peut aussi être oppressante.

Ce qui m’intéresse donc, c’est comment permettre la coexistence de ces différentes manières d’être au monde dans un même collectif. Cette danse-là, elle n’est pas pas évidente, les collectifs vont généralement pencher plus d’un côté que d’un autre, c’est une recherche perpétuelle..

Julien : Et cette tension peut aussi être vécue par chacun.e à son échelle individuelle…

Aurel : Je pense en effet que ça peut être difficile, mais il ne faut pas y voir de fatalité…

Laura : En effet, il y a quelque chose de l’ordre d’une flexibilité intérieure qui permet de passer d’un registre à l’autre sans qu’il y ait trop de tensions. C’est quelque chose qui peut s’apprendre, comme une gymnastique, c’est-à-dire qu’on peut prendre soin de cette difficulté à passer d’un registre à l’autre pour rendre cette tension moins vive.

Dans les pratiques que l’on propose en atelier, beaucoup visent en fait à faciliter ces passages vers d’autres manières d’entrer en relation avec les autres, et avec le vivant. Par exemple, pour aider les personnes à être dans l’exploration sensorielle, on peut inviter l’énergie de l’enfant ou de l’animal. Certains objets symboliques utilisés dans les rituels permettent quant à eux une plongée dans les profondeurs du ressenti intime et de son expression. Le rituel dans sa globalité va susciter un sentiment de communion. Et puis tout cela n’empêche pas de repasser dans le registre d’un rapport critique au monde par la suite. Mais, dans les ateliers, il y a un séquençage entre tous ces moments. On ne veut pas une irruption de la critique en plein rituel par exemple. C’est important de protéger les espaces pour permettre le plein déploiement de leur potentiel. Toutes ces pratiques ouvrent des portes et ensuite, à un niveau personnel, ces passages deviennent de plus en plus aisés, et fréquents. C’est en ce sens que je parle de gymnastique, car il y a une aisance, une habitude intérieure qui se crée pour passer d’un registre à l’autre.

Aurel : On peut aussi trouver des sources d’inspiration dans l’histoire de celles et ceux qui ont fait ce chemin, tels que Starhawk par exemple, une militante anarchiste et sorcière païenne,  qui arrive très bien à incarner à la fois le versant spirituel et le versant politique de son engagement sans que ça ne semble soulever trop de contradictions. Je pense aussi à Gloria Anzaldúa, théoricienne féministe et antiraciste chicana1, et à sa vision d’un militantisme spirituel où ces dimensions sont intimement liées. On peut citer encore Ericka Huggings, ancienne cadre du mouvement d’émancipation Afro-Américaine  des “Black Panthers” aux Etats-Unis, qui explique qu’elle a découvert la méditation lors d’une incarcération, comme un outil lui permettant de faire face à la répression politique et l’isolement. L’histoire des luttes nous offre donc des exemples qui réussissent à faire ces tissages et qui peuvent nous inspirer. Mais l’histoire nous offre aussi des exemples de collectifs qui n’ont pas réussi à maintenir les deux pôles en équilibre. Je pense par exemple au Movement For a New Society, un collectif Quaker de militants pour la paix dans les années 70-80 aux États Unis, qui dès le départ ont cherché à articuler le « personnel et le politique” (même si ces mots ne sont pas les leurs), mais ont constaté qu’aux fil des années le personnel prenait de plus en plus de place et de temps, au détriment d’actions politiques pour agir sur les structures. Se pencher aussi sur l’histoire des échecs peut être tout aussi riche en apprentissage, voir même plus riche.

Julien : Le fait que tu cites plusieurs femmes me pousse à vous demander comment à vos yeux le mouvement féministe (ou écoféministe) a permis de faire évoluer cette distinction entre sensible et politique…

Laura : Il est très clair que les expériences féministes ont beaucoup aidé, notamment à travers l’expérience collective de groupes de femmes qui ont travaillé sur le rapport au corps, pour se le réapproprier, nommer les violences, reprendre du pouvoir face au monde médical,…A partir d’un travail très intime, elles ont montré comment on pouvait monter en généralité et construire une expertise collective pour les femmes, ce qui a pu constituer un soutien à la lutte et à une renégociation des rapports de pouvoir. Le mouvement féministe est donc un des mouvements qui a permis ce tissage-là, entre intime et politique, entre personnel et politique et dans sa lignée le mouvement écoféministe aussi. Mais ce n’est certainement pas le seul…

Aurel : Oui et c’est vrai qu’on doit beaucoup au mouvement éco-féministe. Comme Benedikte Zitouni l’a rappelé dans un très bel article, l’écoféminisme en tant que mouvement dans les années 80 était avant tout tourné vers la lutte, et donnait lieu à des actions de masse, comme une grande marche autour du Pentagone, ou l’occupation de bases militaires américaines en Grande-Bretagne pendant plusieurs années. Ces actions de blocage acharné contre le complexe militaro-industriel étaient aussi des lieux qui accueillaient et revendiquaient la force des émotions par des rituels, par la création artistique, par des cercles de parole. La résistance était une célébration de la vie en acte, et la célébration de la vie une résistance aux logiques belliqueuses des puissants.

Les mouvements queers ont aussi mis en avant ces dimensions avec pas mal de croisements avec les mouvements féministes et éco-féministes, quelque chose dont Cy Lecerf Maulpoix, qui est un militant queer et écologiste parle mieux que moi, notamment à travers le mouvement éco-sexuel ou les Radical Faeries.

Julien : Il me semble que les mouvements queer et féministes partagent le fait d’être obligés de politiser des questions qui avaient été cantonnées dans la sphère privée et de remettre en question cette dualité privé-politique. Aussi, je me dis que lorsqu’on lutte depuis une situation d’oppression, il n’est pas possible de lutter sans prendre en compte ses propres vulnérabilités, voire il faut souvent trouver des moyens de lutter à partir de ses vulnérabilités plutôt que contre elles… Qu’en pensez-vous ?

Aurel : Oui tout à fait, ce qui me pousse à constater que beaucoup des gens qui cherchent à créer ces ponts entre sensible et politique, que ce soit avec le collectif Feros ou des militant.e.s rencontré.e.s dans la lutte antinucléaire à Bure, sont des personnes LGBTQI+ et je pense vraiment que ce n’est pas un hasard. Quand on est exposé.e à des violences constitutives de trauma, ce qui est le cas d’un très grand nombre de personnes LGBTQI+ (à des degrés différenciés évidemment selon sa position de classe, de genre, de race), on est obligé.e de trouver des moyens pour y faire face et quand on trouve des choses qui marchent, on a forcément envie de les partager, en tout cas c’est mon cas. Alors, bien sûr, nos sociétés sont tellement violentes que personne n’en sort indemne (même celles et ceux qui apparaissent à priori comme des dominants) mais les groupes sociaux marginalisés y sont exposés de manière plus intense, plus difficilement contournables, et ont de ce fait une expérience à faire rayonner plus largement que dans leurs communautés.

Julien : Et plus concrètement, comment peut-on dès lors imaginer ouvrir plus d’espaces sensibles dans des collectifs militants très tournés vers l’action extérieure?

Laura : J’ai en tête une expérience que j’ai vécue en intervenant dans un collectif d’inspiration anarcho-communiste, plus exactement une fédération d’initiatives, un projet rassemblant plusieurs collectifs et visant à organiser la coopération à l’échelle d’un territoire et dans l’intégralité des domaines de vie, pour « desserrer l’étau marchand” si je reprends leurs termes. C’est un peu par hasard qu’ils nous ont rencontré, mon compagnon Vincent et moi, et ils nous ont invité car ils ressentaient le besoin pressant de donner plus de place au soin dans leur collectif. On a pu intervenir pendant quatre jours dans ce groupe. C’était puissant. Et ce qui a été très beau c’est que le groupe s’est approprié ce qu’on leur apportait, jusqu’à créer  un rituel de toutes pièces, un moment de communion qui a vraiment mêlé profondeur et humour, en se réappropriant notamment le rituel chrétien du partage du pain mais dans une veine communiste. Suivi d’ailleurs par une fête déguisée bien déjantée. C’est un bel exemple car ils ont réussi à faire une synthèse qui leur était propre, en ouvrant un espace d’expression sensible, tout en y associant leurs référents politiques.

Aurel : Oui ça me paraît être une bonne piste, il est important de cultiver des espaces-temps privilégiés, où s’adoucit l’exigence critique. Des moments qui invitent à laisser s’exprimer cette dimension sensible, à partager la vérité de ce qui nous traverse, ce qui nous tient à cœur, ce qui nous blesse ou nous écrase. On peut penser aux cercles de paroles ou aux rituels, tout en reconnaissant que c’est tout un apprentissage de parler de ses émotions, que ça n’a rien d’évident, et qu’il y a aussi d’autres portes d’entrées, comme le chant, le rap, la danse, ou la création artistique. En tout cas, un point me paraît fondamental: s’ouvrir à cette dimension implique de partager une certaine vulnérabilité, ce qui peut être difficile quand règne une exigence de pureté militante, de s’exprimer toujours de manière radicale. Peut être qu’une façon de retourner la question serait de dire: comment garder une vigilance face aux risques de dépolitisation et face aux discours et pratiques oppressives en interne, tout en créant un sentiment de réelle sécurité affective au sein d’un collectif?

Sur un autre plan, j’aimerai aussi citer une pratique que j’ai trouvée chez Starhawk, qui permet de cultiver des liens avec les autres qu’humains avec qui on cohabite. Elle permet aussi de créer des moments de respiration, afin de ne pas perdre pied dans des dynamiques collectives souvent très prenantes. L’idée est de trouver un lieu marqué par la présence d’autres qu’humains, et avec lequel on sent une affinité particulière. Ça peut être un coin de parc, une forêt, ou encore un square ou une friche (sachant que l’accès aux espaces verts est un grand enjeu d’inégalités sociales). La pratique consiste à y passer régulièrement 15-20 minutes, simplement pour observer ce qui s’y passe, suivre le fil des changements au cours des saisons, et se laisser surprendre par les rencontres. Et progressivement, Starhawk invite à prendre conscience que, tout comme nous observons les autres qu’humains, ils et elles nous observent en retour, qu’une familiarité se construit au fil du temps. J’essaye de me tenir à ces pratiques depuis plus d’un an, et c’est vrai que ça m’a influencé d’une façon difficile à mettre en mot. Et ça permet ensuite de revenir dans le collectif avec un nouveau regain de clarté et d’énergie.

Julien:  Et inversement, comment apporter une vision plus critique dans des espaces tournés vers un partage du sensible, pour qui des notions comme celle de “lutte politique” peut paraître effrayante, voire contre-productive?  

Aurel: Je ne pense pas qu’une vision plus politique puisse être amenée par la voie du discours, de l’argumentation. Ce n’est pas par la force de la pensée ou de l’introspection qu’on avance sur ces questions, mais par une participation, dans le réel, à des actions collectives de lutte contre la destruction des conditions de vie et pour la création de systèmes alternatifs. Si ces actions dérangent réellement le système dominant, alors la réponse de celui-ci sera une source d’apprentissage beaucoup plus marquante qu’un long exposé théorique. Il n’y a qu’à voir comment Extinction Rebellion a évolué dans son discours sur les violences policières depuis l’évacuation violente de la place royale en octobre 2019.

Par contre, quand on vit une existence relativement protégée, aller vers ces lieux de résistances demande un effort actif et conscient. Sur ce point, j’aime beaucoup l’image du navire négrier de Malcom Ferdinand pour parler d’écologie décoloniale. Il rappelle que si “nous sommes tous dans le même bateau” face aux catastrophes écologiques, nous n’y occupons pas les mêmes places. Il nous invite à voir ce bateau comme un navire négrier, où certain.es sont aux commandes ou en cabine de première et deuxième classe, tandis que d’autres font les petites mains ou sont enfermé.es dans la cale, voire sont jeté.es par dessus bord. Prendre conscience de sa position dans ce navire (et en particulier des privilèges dont on dispose en tant que personne blanc.he, issu.e d’une classe moyenne supérieure, etc..), fait aussi partie du “changement de conscience”. Il ne s’agit pas de s’auto-culpabiliser, mais de se mettre en mouvement contre les rouages du système qui fait tout pour cacher et légitimer la violence sur laquelle il repose. Ça veut dire aller vers des lieux de résistances, des collectifs en lutte qui ont besoin de soutien, non pas dans une logique de “sauveur” ou d’aidant, mais dans une volonté de solidarité et de construction avec les personnes principalement concernées. Entrer en contact. Faire l’épreuve du réel. Tisser des liens de solidarité au-delà des lignes de différence. S’allier aux mutineries là où elles émergent.

Ça ne veut pas dire que tout le monde doit se retrouver en première ligne: soutenir une lutte, ça peut se faire de plein de manières différentes. Je garde notamment le souvenir d’une institutrice retraitée qui était venue au camp de base de Ende Gelände pour offrir des ateliers de soin corporel aux militant.e.s qui revenaient d’action. Avec un peu de créativité, on peut toujours trouver un moyen de contribuer et d’apporter du soutien, mais pour cela, il faut commencer par aller au contact de ces lieux et ces groupes de résistance.

Laura : J’aime bien ce que tu dis Aurel, en particulier sur cette importance d’aller au contact. Car même quand on essaye de clarifier les grilles de lecture socio-politique, je vois que les déclics ne se font pas tant par la théorie, mais plutôt quand il y a ce contact qui permet de dépasser la méconnaissance et de faire l’épreuve du réel. Ça permet de se rendre compte que derrière la “lutte”, ce mot qui peut être connoté négativement dans certains milieux, il n’y pas avant tout une posture idéologique, mais un élan vital de défense du vivant,de défense d’une intégrité personnelle, ou collective.

En plus du contact, de la rencontre avec des groupes extérieurs, il me semble aussi important d’ouvrir des espaces pour visibiliser ces questions à l’intérieur même de nos collectifs. Quel que soit le groupe, il y existe toujours des marges et des perspectives invisibilisées. Par exemple, à Terr’Eveille, on a fait un atelier entre femmes et je me suis rendu compte qu’adopter une posture féministe n’allait pas nécessairement de soi pour toutes. En ouvrant ce type d’espace non-mixte, cela permet une parole authentique, on rend possible une expression autour de vécus personnels, en lien avec des violences vécues ou des identités marginalisées, telles que celle de ne pas s’identifier à la catégorie “femme”, ou celle d’être lesbienne. Alors plein de choses peuvent émerger, qui aident à la déconstruction et à la prise de conscience.

Mais je vois par contre que, dans des contextes plus tournés vers le soin, il existe souvent une tension forte entre l’harmonie et le conflit : des personnes qui viennent plutôt du développement personnel, ou d’une perspective avant tout spirituelle, peuvent être dans des discours qui valorisent tout le temps l’harmonie et qui ont des difficultés à accueillir l’importance et la puissance du conflit.

Aurel : Oui et je pense que tout ça découle d’une vision limitée de ce qu’est l’harmonie. Si on se l’imagine comme quelque chose de lisse, sans heurts et sans friction, ça ne peut marcher que si on reste dans un entre-soi, avec des personnes qui partagent les mêmes vécus et façons de voir le monde. Mais cette vision simpliste risque de s’avérer bien fragile dès que l’espace s’ouvrira à d’autres points de vue qui, en réalité, étaient déjà présents, mais n’étaient pas invités à s’exprimer. Face à cette altérité, la vision majoritaire risque de se sentir menacée et donc d’exclure les voix qui amènent du dissensus. Pourtant il existe une autre option : en suivant Gloria Anzaldua (et d’autres féministes décoloniales), on peut partir du principe que la rencontre des altérités crée forcément des frictions, du dissensus, des remises en question, que c’est un processus normal voire même très sain. Alors il devient possible de voir le conflit comme quelque chose de fécond qui permet aux pratiques et au discours d’évoluer vers plus de justesse. Tout le défi selon moi est de développer notre capacité à rester ancré.e, connecté.e, et à l’écoute dans ces moments de friction pour qu’ils deviennent des opportunités d’apprentissage.

A un niveau plus systémique, il ne faut pas perdre à l’esprit que, pour des groupes opprimés, le conflit est rarement un choix, mais une condition imposée du dehors par des groupes dominants. Quand, après 500 ans de colonisation occidentale, les nations indigènes réunies sur la réserve de Standing Rock dans le Dakota du Nord se sont vu imposer un projet de pipeline à proximité de leurs terres, elles n’avaient pas d’autre choix que de résister. Il faut bien mesurer toute la puissance de vie qui s’exprime dans l’acte de dire non dans un tel contexte. Un non ferme, ancré, et résolu face à un monstre mortifère et un appareil de répression implacable, empruntant des techniques militaires contre-insurrectionnelles développées lors de la guerre d’Irak. Apprendre de cette histoire, c’est une autre façon de se confronter au réel, et je recommande à celles et ceux en soif d’inspiration sur ce point de regarder le documentaire “Awake, a dream from Standing Rock”, produit par des acteurs et actrices de la lutte.

Julien : Pourrait-on dire que certaines figures de l’écologie profonde, ou du travail qui relie, sont en partie responsables d’une vision restrictive du spirituel cantonnée à l’harmonie et opposée à la lutte? Voyez-vous des références qui aient entretenu cette vision ?

Laura : Je ne vois pas une référence spécifique qui en serait responsable. Mais il y a un héritage dont on peut sans doute encore voir les effets, à savoir le fait que le mouvement de l’écologie profonde ait négligé une analyse sociale et politique davantage attentive aux diverses formes de domination. C’est une critique qui vient surtout de l’écologie sociale et de certaines écoféministes, même si ces dernières sont plus nuancées dans leurs critiques, comme Ariel Saleh qui reconnaît d’importantes convergences sur le fond.

Personnellement je me positionne plus dans une posture de réinvention et de réappropriation de ce mouvement : Comment peut-on redéfinir l’écologie profonde à partir d’autres endroits? Comment peut-on aujourd’hui tisser d’autres alliances?

Aurel : Pour reprendre la métaphore du navire négrier, on pourrait dire que l’écologie profonde, en tout cas dans la version de son père fondateur, Arne Naess, est une pensée écrite depuis le nid de pie (ce panier en haut du mât où se tient la vigie). Je dis ça premièrement dans un sens figuré: bénéficiant d’un fond de placement hérité de sa famille d’armateurs, il avait la liberté économique pour “prendre de la hauteur” sans être inquiété par des considérations matérielles. Mais aussi dans un sens littéral: la majeure partie de son œuvre a été élaborée à partir du “nid du cormorant”, un habitacle construit pour lui au sommet d’une des plus hautes montagnes de Norvège. Forcément, cette position offre une vue privilégiée sur des paysages que ceux qui, cantonnés sur le pont, peuvent plus difficilement voir. Mais cette distance, si elle est prise comme universelle, fait aussi perdre de vue toutes les réalités sociales qui se jouent sur le bateau: la hiérarchie de commandement, la prise d’otage, les mutineries. Sans comprendre cette histoire, une écologie du nid de pie risque d’imaginer que si le navire vogue vers la catastrophe, c’est que l’équipage tout entier consent à cette direction. Ça ne veut pas dire que cette vision n’a rien à apprendre, mais il faut simplement rappeler que c’est une critique incomplète, une écologie pensée depuis un point de vue partiel, et qu’elle est à confronter à d’autres, pensées depuis les parties inférieures du bâteau2.

Laura : Et en même temps, je nous invite à faire attention quand on dit “la critique est incomplète”, car on pourrait sous-entendre qu’il y aurait une et unique bonne critique alors que la critique développée par des approches plus structurelles, telle que l’écologie sociale, pourrait  aussi être considérée comme incomplète. Plus généralement, je suis très allergique à cette prétention à avoir le monopole de  “la bonne critique” et je suis frappée de voir comment certaines figures de l’écologie sociale ont tiré à boulets rouges sur l’écoféminisme ou sur l’écologie profonde. Ça me paraît plus riche de travailler à une articulation, en reconnaissant la diversité des perspectives critiques.

Aurel : Effectivement je te rejoins Laura sur ce point: qu’une des limites de la critique plus sociale est de tomber dans une exigence de pureté, une grande intransigeance qui se termine souvent par un éparpillement dans des luttes de chapelles. Pour caricaturer, on pourrait dire que la critique permet d’être très précis, au risque de diviser, tandis que la dimension sensible, qui peut paraître parfois un peu floue, permet de rassembler et créer du commun – des espaces où on peut se parler.

Je reviens à ce sujet à Gloria Anzaldúa qui parle de cela en nommant un espace d’entre-deux qu’elle appelle Nepantla, comme un espace entre deux visions du monde, une zone limite où on peut imaginer faire des croisements et des ponts et créer du collectif au-delà d’une ligne idéologique commune.

Laura : Par rapport à cette idée de zone limite, j’aime beaucoup un concept développé par Laura Centemeri à partir de la notion d’écotone qui décrit en écologie une zone de transition entre deux écosystèmes. Elle définit l’écotone culturel et politique comme cette zone où des cultures et des expériences politiques différentes sont amenées à se rencontrer et à collaborer. C’est un espace qui se caractérise par une convergence autour de grandes valeurs, comme celles d’émancipation et de justice, mais où on accueille divers types de réponse et de stratégies. En fait, il me semble que le projet de Mycélium correspond bien à cette idée d’écotone. C’est un lieu de rencontre entre différents écosystèmes, un lieu où on porte un soin particulier à l’accueil de la complexité, de la diversité des postures et des points de vue. Il s’agit de créer les conditions culturelles pour que des acteurs venant d’horizons critiques différents puissent reconnaître l’utilité des différentes visions du changement, ce qui implique aussi une stratégie politique d’ouverture aux alliances et aux hybridations.

Julien : C’est en effet quelque chose que nous essayons de pratiquer à travers les actions de Mycélium! J’observe néanmoins que créer de tels espaces de rencontre est complexe, en particulier quand on prend conscience de nos différentes situations sociales, d’oppressions et de privilèges. Alors comment ouvrir de tels espaces de rencontre, mais qui ne reproduisent pas une marginalisation de groupes déjà marginalisés tant dans la société que dans les mouvements écologistes? 

Aurel : C’est une question complexe à laquelle on ne peut pas apporter une réponse unique; je ne peux que partir de mon expérience. Je ne suis pas le seul à l’avoir soulevé, et ça mériterait un article à part entière, mais j’ai souvent été confronté à une hétéronormativité3 latente dans les milieux écologistes tournés vers le sensible. Certains discours – la nécessaire complémentarité du féminin et du masculin par exemple – ont tendance à ériger l’hétérosexualité comme norme universelle et naturelle. Ces récits véhiculent implicitement le message aux corps-esprits dont les identités de genre et les orientations sexuelles s’écartent de ces normes que nous sommes des être déviants, non-naturels. Difficile dans ces conditions de se sentir suffisamment en sécurité – physique et affective – pour pouvoir s’ancrer en soi, s’ouvrir pleinement, et être dans l’authenticité avec d’autres personnes, quand on sait que le faire viendrait bousculer les croyances et les visions du monde (et donc menacer “l’harmonie”) de la majorité du groupe. Tout cela pose donc des questions de souveraineté: s’il y a des collectifs dans lesquels on sait qu’on ne va pas pouvoir se montrer vulnérable, il faut se laisser le droit de ne pas le faire.

Aujourd’hui, face à cet enjeu de l’inclusion de personnes marginalisées, de plus en plus de groupes militants essaient de revoir leur mode de fonctionnement pour s’assurer qu’il soit “safe” pour un plus grand nombre de personnes et cette démarche me semble importante. Souvent, ces groupes se placent dans une approche de la sécurité où tout doit être pensé en amont, c’est-à-dire que pour assurer cette sécurité et que pour que tout le monde puisse s’exprimer, on édicte un certain nombre de règles, qui sont bien sûr importantes (employer le bon pronom pour une personne, connaître les bases de l’antiracisme,…), mais qui peuvent entraîner une certaine forme d’hypervigilance et surtout vouloir nous faire croire qu’on peut tout prévenir. Le risque, si on en reste uniquement sur cette approche, c’est d’appeler à un hypercontrôle de la conduite avec l’exigence de ne pas faire un seul pas de travers. Donc je ne dis pas que ce volet ne soit pas important, mais qu’il faut aussi arriver à prendre soin de ce qui arrive malgré tout, de blessures qui seront quand même ravivées, car on ne peut en fait jamais construire un espace qui soit complètement “safe”.

Pour revenir sur mon expérience, je me suis donc retrouvé plusieurs fois en difficulté dans des ateliers face à une ambiance hétéronormative. Heureusement, ils étaient ponctués par des moments plus intimes, en petits groupes de paroles à 3 ou 4, dont le but explicite était de recueillir les ressentis qui émergeaient au cours du processus. Même si c’était difficile à mettre en mot, j’ai pu exprimer mon malaise et obtenir du soutien de la part du groupe (évidemment, la difficulté aurait sûrement été plus grande si je ne partageais pas déjà les codes sociaux pratiqués dans de tels groupes). À plus long terme, ces partages ont participé à un début de prise de conscience des ces enjeux au sein du collectif. Voilà juste un petit exemple de ce que je disais à propos des moments de friction qui deviennent des apprentissages. La friction et le dissensus font partie du vivant. On peut prévenir et déconstruire beaucoup de choses, mais on ne peut pas tout prévoir à l’avance. Par contre, on peut cultiver des espaces et des capacités d’écoute, de remise en question, et de réparation.

Julien : Merci à vous deux pour ce riche dialogue qui ouvre bien d’autres pistes de réflexion pour la suite ! 

1 Le terme chicano.a désigne une personne mexicaine ou d’origine mexicaine vivant aux Etats-Unis.

2Voir notamment le livre “Une écologie décoloniale” écrit par Malcom Ferdinand ainsi que le mouvement de justice environnementale.

3Alors que l’homophobie se définit comme le rejet ou la haine envers les personnes homosexuelles ou bisexuelles, l’hétéronormativité est une forme souvent moins visible d’oppression qui place l’hétérosexualité comme étant la seule norme et envisage le monde et la société uniquement à partir de cette norme, ce qui conduit à rendre invisibles et marginaux les vécus des personnes non-hétérosexuelles.

Image : Manifestation à Standing Rock contre le projet Dakota Access Pipelin.  Crédit : Leslie Peterson, Stand With Standing Rock Nov 11-15 2016, Licence(CC BY-NC 2.0), https://www.flickr.com/photos/99603156@N03/30396604493/in/photostream/

Désorceler la Finance

Désorceler la Finance


Désorceler la finance est un laboratoire sauvage indépendant et autogéré. Cet espace transdisciplinaire qui réunit artistes, chercheur·euses et activistes a été fondé en 2017 et compte aujourd’hui une quinzaine de membres. Il interroge le « pouvoir sorcier » de la finance et cherche à raviver « nos forces sorcières » pour retrouver les capacités d’imaginer d’autres modèles de production et de répartition de la richesse. Il emprunte à Jeanne Favret-Saada, son concept de désorcèlement pour en faire une méthode de travail. « Désorceler » est entendu comme une manière de retourner le maléfice à l’envoyeur pour se libérer de son emprise et se redonner une capacité d’agir, un pouvoir de faire. Le Laboratoire produit une recherche pour et avec les non-expert·es. Pour cela, il crée et expérimente des dispositifs participatifs comme des performances dans l’espace public (Rituels de désenvoûtement de la finance, 2017-2022), des dispositifs conversationnels sous forme de cartomancie collective (Ré-ouvrir les horizons, 2018-2022*),* des expositions itinérantes à géométrie variable (Cabinet de curiosités économiques, 2017-2022), des formes de narration spéculative (Glossaire de la finance et de la sorcellerie, 2019-2022 ; Traité – Déclaration relative au désenvoûtement de la finance et aux conditions d’existence des alternatives, 2019 ; Anomalies sorcières, 2021-2022).

Ce qui nous anime :
– Recourir à l’imagination et aux récits comme de véritables composantes de la recherche, des façons de faire de la recherche.
– Expérimenter des rituels collectifs pour se donner de la force.
– Imaginer des dispositifs collectifs dans lesquels l’expérience et l’échange sur la finance et ses conséquences peuvent avoir lieu sans connaissances préalable.

Prochaines activités :

Parmi les axes de recherche que du Laboratoire en ce moment :
– Glossaire : Les membres du Laboratoire travaillent sur le pouvoir performatif des mots de la finance et de la sorcellerie. La parole, les formules et le lexique sont examinés et modelés au regard de leur puissance spéculative. Ainsi est né le Glossaire de la finance et de la sorcellerie contenant des mots mutants, des mots réappropriés et redéfinis, des mots détournés ou conjurés pour en écarter les influences néfastes, des mots subversifs et des néologismes qui viennent pallier des manques. Les mots contenus dans le glossaire appartiennent, pour la plupart, à l’une de ces trois catégories : la magie ou la sorcellerie, où l’on découvre des méthodes, des protocoles, des idées, des images et des mots pour se défaire d’une emprise (potion, incantation, amulette, brouillarge, Murdurula, rituel, conjuration, etc.) ; la finance, où l’on comprend la nature de son emprise, sa logique de fonctionnement, ses objectifs ainsi que ses méthodes pour « nous embrouiller » (dette, tauxicomane, Wall Street, Hedge fund, banque, brouilleur d’idée, accumulation, paradis (fiscal), etc.) ; l’action, la création et la lutte, où l’on explore des pratiques collaboratives, créatives et contestataires pour se réapproprier nos propres imaginaires et capacités d’agir (grêver, occupation, (nous) débrouiller, interférences, vernaculaire, blob, etc.).

– Microcosmogrammes : Un microcosmogramme est une forme de cartographie qui combine le microcosme, le local, le palpable aux cosmologies, aux écosystèmes, aux structures capitalistes. Le Laboratoire travaille actuellement sur un microcosmogramme qui rend compte des mouvements et des forces qui agitent les enjeux du logement à Bruxelles. Il oppose deux hémisphères comme deux points de vue d’une même situation : une vision capitaliste contre une vision sociale du logement, entre lesquelles s’intercalent des protections publiques à géométrie variable. Mais si ces « points de vue » s’opposent, les acteur.rices et leurs positions ne sont, quant à elles, jamais fixes. Ce qui nous intéresse, c’est justement de faire apparaître et localiser les zones de frictions, les passages, les confrontations, les liens et les emprises diverses. Les microcosmogrammes se présentent comme des supports de projection (de stratégies, de luttes, de fictions), ils ne représentent ni une théorie, ni un espace physique mais tentent de penser, par le dessin à plusieurs mains, une approche sociale et écologique de la ville.