Pour une approche écologiste des pandémies

Pour une approche écologiste des pandémies

Le vendredi 2 avril dernier, Mycelium organisait une rencontre intitulée « Penser conjointement écologie et réponses face à une épidémie », dans le cadre du cycle « Pandémie et écologie, lire le présent et construire l’avenir ».

Ce cycle est né du constat qu’il est encore très difficile, un an plus tard, d’appréhender les enjeux écologiques, sociaux et politiques qui se jouent à travers cette pandémie, les aspects qui nous empêchent de prendre la parole en tant qu’acteur.rice.s, de proposer des contre-discours et des contre-propositions face à une gestion sanitaire présentée comme l’unique voie possible.

Pour cette première rencontre, nous avons invité Anne Vergisson, médecin pédiatre et infectiologue, pour se réapproprier une série de questions liées à la pandémie de Covid-19 et ébaucher une critique écologiste et politique de cette pandémie et de sa gestion.

Une synthèse écrite de cette rencontre est disponible ici!

Vous pouvez également revoir une partie des interventions d’Anne Vergisson, invitée pour cette première rencontre, via les questions-réponses reprises en vidéo ci-dessous.

Extraits vidéos de l’entretien avec Anne Vergisson, réalisé par Jérémie Cravatte

Jérémie : Anne, je t’ai entendue pour la première fois sur la ZAD d’Arlon. Tu es pédiatre, infectiologue et spécialiste en santé publique, mais pourrais-tu te présenter plus longuement et dire notamment le rôle que tu joues durant cette pandémie? Qu’est-ce qui te préoccupe en particulier depuis ta position?

Jérémie : Quels liens pourrais-tu faire entre destructions écologiques, capitalisme et l’apparition de nouveaux virus, plus particulièrement des zoonoses responsables aujourd’hui d’environ ⅔ des maladies émergentes?

Jérémie : Quels points communs (ou différences) peut-on voir entre la gestion de cette épidémie et celle d’autres épidémies apparues plus tôt (H1N1, SARS, Ebola, Zika,..)?

Jérémie : Si on regarde la manière dont l’épidémie-ci de COVID-19 a été gérée dans différentes régions du monde, qu’est-ce qui a dicté les choix faits en Europe? Aurait-on pu imaginer y répondre autrement?

Jérémie : On se dit en t’écoutant qu’un élément manquant dans cette gestion et dans la manière d’envisager les politiques de santé publique est celui d’une meilleure prévention et information à l’opposé d’une gestion basée sur la répression. Qu’en penses-tu?

Jérémie : Alors qu’on a pu entendre au début de l’épidémie que « tout le monde est égal face au virus », on voit aujourd’hui que ce n’est pas du tout le cas, au point que certain.e.s parlent de « syndémie » plutôt que de pandémie. Peux-tu nous dire qui sont aujourd’hui les plus impacté.e.s par cette épidémie?

Questions d’autres personnes participantes :

Question : On peut voir que la primauté donnée aux valeurs économiques a conduit à l’aggravation de cette pandémie, or aujourd’hui, on ne fait que parler de relancer l’économie, sans questionner les fondements du système. Comment peut-on porter un discours de sortie de l’épidémie qui ne soit pas celui d’une relance de l’économie et de la consommation ?

Question : On nous a souvent laissé penser, durant cette pandémie, qu’il fallait uniquement laisser parler « les experts » car on ne pouvait pas maîtriser les questions techniques propres à une telle pandémie. Or on voit ici que le débat politique est en fait d’autant plus important durant de tels moments de crise. Alors, que peut-on faire en tant qu’acteurs de la société civile pour se mobiliser face à cette pandémie et proposer des alternatives à la manière dont elle est gérée actuellement ?

Question : Justement, que peut-on dire du rôle pris par « les experts » durant cette pandémie?  Qui ont été les personnes mobilisées comme experts, quelles sont les voix qu’on entend (trop) et celles qu’on n’entend pas (assez) et quels impacts cela a sur la gestion de l’épidémie?

Question : Au fond, on peut voir qu’un des problèmes est de toujours agir en réaction et qu’une telle épidémie n’ait pas été mieux anticipée et préparée par les autorités, alors qu’on pouvait s’attendre à ce qu’un tel événement se produise. Pourquoi n’arrive-t-on pas mieux à préparer et anticiper de telles épidémies ? Ne faudrait-il pas passer vers une logique  de « sentinelle » qui vise plutôt à protéger la biodiversité en amont que de lutter en aval contre les virus ?

Question : Certains pays à travers le monde, en Asie, en Australie, en Nouvelle-Zélande, semblent avoir beaucoup mieux maîtrisé la situation. Au-delà de certains points incomparables (îles, densité de la population, etc.) qu’est-ce qui peut expliquer cela? Qu’est-ce que ça peut nous apprendre sur nos propres politiques de santé publique?

Question : Peut-on en Europe imaginer mener une telle politique de « Zéro Covid », de lutte réelle contre le virus, telle que menées dans certains pays (et comme l’appellent notamment les auteur.rice.s de la carte blanche Zéro Covid Solidaire ) ou doit-on se résigner à « vivre avec le virus » comme on l’entend souvent?

Question : Quelles sont les chances de succès d’une stratégie de sortie de crise presque uniquement basée sur la vaccination?

Question : Comment peut-on lutter contre le climat d’anxiété ambiante provoqué par cette pandémie, à travers la peur de la maladie, la peur de la précarité, la peur même de voir ses proches, ou de rencontrer de nouvelles personnes? Quelles conséquences peut-on voir en termes de santé mentale?

Pour aller plus loin :